C’est une très belle histoire qu’a récompensée ce lundi, le prix Nobel de médecine. En pleine pandémie de Covid-19, il a été attribué ce lundi à trois virologues, le Britannique Michael Houghton et les Américains Harvey Alter et Charles Rice, pour leur rôle dans la découverte du virus responsable de l’hépatite C. Aujourd’hui, la maladie peut être totalement guérie par des traitements médicamenteux, et mieux encore, si les pays s’en donnent les moyens, ce virus pourrait être éradiqué de la planète.

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Tout commence à la fin des années 70. On découvre une nouvelle infection hépatique, qui semble liée à un virus, mais ce n’est ni celui qui provoque l’hépatite A, ni celui qui donne l’hépatite B. Très logiquement, on va d’abord l’appeler hépatite non A non B. C’est l’Américain Harvey Alter qui pointe ainsi le premier une contamination hépatique mystérieuse lors de transfusions. C’est la première étape ; la reconnaissance d’un nouvel agent infectieux. Des années plus tard, en 1989, Michael Houghton et son équipe, qui travaillent au Canada, vont apporter un élément décisif en découvrant, eux, la séquence génétique du virus. Point presque final de la boucle, dix ans plus tard, Charles Rice, 68 ans, va décortiquer la façon dont le virus se réplique, et ses travaux vont notamment conduire à l’émergence d’un nouveau traitement qui apparaîtra au tournant des années 2010, le Sofosbuvir. «Il a apporté la preuve finale que le virus de l’hépatite C (VHC) pouvait provoquer à lui seul la maladie», a souligné Patrik Ernfors le président du comité Nobel.

Jackpot

Jusqu’à récemment, les dégâts de l’hépatite C étaient impressionnants. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que quelque 71 millions de personnes sont porteuses chroniques de l’infection, qui provoque 400 000 décès chaque année. Depuis 2013, des traitements très efficaces ont été mis au point, faisant que près de 90% des patients qui les prennent se retrouvent guéris, sans la moindre trace du virus dans leur sang. Petit problème, la firme qui les vend, en l’occurrence Gilead, les propose à des prix pharamineux ; plusieurs dizaines de milliers d’euros la cure d’un mois. Gilead touche ainsi le jackpot, car ce laboratoire américain n’a rien découvert, mais a racheté la molécule à une start-up. C’est le début d’un long bras de fer pour tenter de faire baisser les prix. Car si les pays occidentaux peuvent payer, d’autres, comme l’Egypte, le pays le plus touché au monde, ne peuvent se le procurer. Ce n’est que récemment, après que Gilead a empoché des milliards de dollars, que les prix ont peu à peu baissé et que les médicaments deviennent ainsi accessibles aux pays à faibles revenus.

Qu’en pleine épidémie de coronavirus le comité Nobel ait voulu choisir cette série de découvertes autour du VHC, n’est évidemment pas anodin. Comme si ledit comité voulait indiquer que les épidémies peuvent bien se terminer. «Je pense que c’est assez facile de faire le lien avec la situation actuelle», a souligné un membre du comité Nobel. «La première chose à faire est d’identifier le virus en cause, et une fois que cela a été accompli, c’est le point de départ au développement de traitements de la maladie, ainsi que de vaccins.»

Cérémonie annulée

En 2008, le prix Nobel avait été donné aux découvreurs du virus du sida (les professeurs Luc Montagnier et Françoise Barré-Sinoussi), et en 1976, le Prix était allé à des travaux sur l’hépatite B. Cette année, pour cause de coronavirus, la cérémonie physique de remise des prix, normalement fixée au 10 décembre à Stockholm a été annulée. Une première depuis 1944. Les lauréats, qui se partageront près d’un million d’euros, recevront leur Nobel de médecine dans leur pays de résidence.


Eric Favereau



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