Johnny Depp a perdu. Brutalement. Un juge britannique a estimé lundi que les accusations de violences conjugales contre son ex-femme Amber Heard étaient «substantiellement vraies».

Trois mois après la fin de son procès en diffamation contre le tabloïd britannique The Sun, Andrew Nicol, juge de la High Court de Londres, a publié en ligne sa décision, très argumentée, sur 128 pages. Johnny Depp «n’a pas réussi à convaincre qu’il avait été diffamé», a estimé le juge, avant d’ajouter que ce que le Sun «avait sous-entendu dans sa publication était substantiellement vrai». L’équipe de défense de l’acteur a annoncé sa ferme intention de faire appel de ce «jugement pervers et ahurissant».

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L’acteur américain poursuivait News Group Newspapers (NGN), propriétaire du Sun et son rédacteur en chef, Dan Wootton. En avril 2018, The Sun avait publié un article accusant Johnny Depp, 57 ans, d’avoir battu son ex-femme, l’actrice américaine Amber Heard, 34 ans aujourd’hui.

Alcool et drogues dures

Le procès, qui s’était déroulé pendant seize jours en juillet à Londres, avait donné lieu à un étalage incroyable de détails sordides sur la vie du couple de stars, mariés entre 2015 et 2017. Devant le juge, les deux acteurs avaient rivalisé d’attaques sur la violence présumée de chacun d’entre eux. Chacun de leurs témoignages, et ceux de nombreux témoins, amis, employés, avaient dressé le portrait d’une relation très volatile, où alcool et drogues dures tenaient une place de choix entre des voyages en jets privés, des penthouses à Manhattan et autres résidences aux Bahamas ou ailleurs.

Les noms de stars diverses, Kevin Costner, Lady Gaga, Vanessa Paradis ou Winona Ryder, anciennes compagnes et farouches défenses du comédien, avaient ponctué le procès. Tout comme les histoires de mobilier fracassé, de tableaux déchiquetés, de chien atteint de problèmes intestinaux après l’ingestion par inadvertance de cannabis qui ne lui était pas destiné. Les audiences avaient atteint un sommet dans le sordide avec «l’épisode de la défécation» : des excréments humains déposés un matin sur le lit de Johnny Depp par Amber Heard ou une de ses amies après une énième dispute, avaient expliqué les avocats de l’acteur. Le juge Nicol n’avait parfois pas caché sa lassitude en expliquant qu’il n’aurait pas «à juger de qui était l’auteur de l’étron ou qui avait vomi dans un parking».

Devant le tribunal, le héros de la série des «Pirates des Caraïbes», accueilli chaque matin par une foule nourrie de fans énamourés, avait reconnu avoir lutté toute sa vie contre des addictions à l’alcool et aux drogues mais avait catégoriquement démenti avoir jamais levé la main sur une femme et sur Amber Heard en particulier.

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Amber Heard n’était pas obligée d’assister au procès, si ce n’est pour son témoignage en faveur de la défense du Sun. Elle s’était pourtant présentée chaque matin à la High Court. Lors de son témoignage, elle avait longuement détaillé les violences dont elle disait avoir été la victime. L’équipe d’avocats de Johnny Depp s’était de son côté employée à tenter de démontrer que la jeune femme était l’abuseur dans le couple et qu’elle avait inventé ou amplifié nombre des incidents à son avantage, notamment pour un gain financier.

Le juge a cru aux témoignages d’Amber Heard et ses attendus sont implacables. «J’accepte son témoignage sur la nature des attaques qu’il a perpétrées contre elle. Elles ont dû être terrifiantes. J’accepte que M. Depp lui a fait craindre pour sa vie.»

«Pas une surprise»

Sur les quatorze incidents de violences domestiques entre 2013 et 2016 présentés au procès à Londres, le juge a estimé que douze d’entre eux étaient avérés. Il a aussi catégoriquement rejeté les accusations de l’équipe de Johnny Depp comme quoi Amber Heard était uniquement motivée par l’appât du gain et de la notoriété. «Le fait qu’elle ait fait don des 7 millions de dollars de son accord de divorce à des associations caritatives peut difficilement être qualifié de geste de quelqu’un motivé par l’appât du gain», a estimé le juge.

Les avocats du Sun ont salué le «courage» d’Amber Heard, alors que les défenseurs de l’actrice aux Etats-Unis ont affirmé que «pour ceux présents pendant le procès devant la High Court, cette décision et ce jugement ne sont pas une surprise». Avant de prévenir que, «très bientôt, nous présenterons des preuves encore plus volumineuses aux Etats-Unis».

Un autre procès en diffamation est en effet prévu pour le début de l’année 2021 aux Etats-Unis. Cette fois-ci, Johnny Depp attaque directement et personnellement Amber Heard en diffamation pour un article écrit par l’actrice dans le Washington Post.


Sonia Delesalle-Stolper correspondante à Londres



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